Les archives Marc Grodwohl des villages et maisons d’Alsace sont à présent ouvertes au public

Bonne nouvelle ! L’Hôtel de Ville de Ferrette, qui accueillait déjà l’espace d’expositions « Trésors de Ferrette », fait place à présent à un centre de ressources patrimoniales, dépendant de la Société d’Histoire du Sundgau. Les archives des villages et maisons d’Alsace, jusqu’alors dormantes à l’écomusée, y ont été transférées. Elles sont à présent à la disposition du public. Ce ne sont pas seulement les ultimes témoignages à valeur documentaire de paysages, de villages, de maisons, saisis durant la période 1970-2000. Elles sont aussi l’écho de l’aventure des « Maisons paysannes d’Alsace », engagement de la société civile pour arracher ce patrimoine à la destruction et à l’oubli. Ce qui fait écrire à François Dangel (journaliste à Altkirch à cette époque) : « Tu as rendu au Sundgau ses plus belles parures mais plus essentiel encore, sa dignité. Je l'ai toujours ressenti ainsi, au cœur de toutes tes exigences, ton activité militante, de l'homme, du lettré, il y avait le « souffle mystérieux » d'une spiritualité, la même spiritualité qui a inspiré notre poète N. Katz.

Les documents personnels dont tu as fait don à la ville de Ferrrette sont plus que de simples archives. C'est un recueil poétique. Une œuvre romanesque. Le témoignage d'un homme qui a 16 ans s'est pris d'affection pour nos bâtisses. Un homme qui a 16 ans n'a pas supporté l'insupportable ».

Figure 1. L’ancien hôtel de ville de Ferrette construit en 1572.  Au rez-de-chaussée l’« espace muséal », aux étages le centre de ressources patrimoniales de la Société d’histoire du Sundgau

Figure 2. La grande salle de l’Hôtel de Ville

Genèse de la constitution du fonds documentaire

Etant archéologique de vocation et de formation j’ai dès mes premiers chantiers bénévoles à Gommersdorf (1971), voulu réunir dans une même démarche l’action concrète de sauver des maisons et la compréhension de leur histoire. A cette époque, un très grand nombre de maisons et de corps de ferme étaient abandonnés, laissés dans l’état au de leur dernière occupation des décennies auparavant. Cette situation permettait d’innombrables et inédites observations sur les modes de construction et d’habitat de ces maisons en sursis. Au fils des ans, les notes, textes, photographies, relevés d’architecture, se sont accumulés, partiellement exploités dans la revue de l’association « Maisons paysannes d’Alsace ».

En 1980 cette association, dotée d’une solide expérience pratique des chantiers, entreprit la construction de l’écomusée d’Alsace, ouvert au public en 1984. La documentation et la recherche constituèrent le socle « scientifique » sur lequel fut conçu, construit et animé le musée. La documentation s’épaississait à mesure des démontages et transferts de bâtiments, et aussi des centaines de propositions de « dons » de maisons anciennes qu’il n’était évidement pas possible de conserver sur place ou de transférer.

L’association avait son bureau d’études intégré, et aussi une société filiale dirigée par Christian Fuchs (par ailleurs directeur technique de l’écomusée), qui répondait aux demandes de conseils et de maîtrise d’œuvre, dans des temps de grand engouement pour le patrimoine architectural rural – ce qui ne compensa hélas pas des démolitions toujours plus nombreuses. Dans cette course contre la montre, pour garder trace de ce qui disparaissait, je pouvais compter sur des collaborateurs de haut niveau, je citerai en particulier le fin connaisseur de l’histoire de l’architecture Thiery Fischer. Un flux constant de stagiaires étudiants en architecture, notamment à l’école d’architecture de Paris-La Villette permettait de multiplier les opérations de relevés.

Tribulations du fonds et heureuse solution

Il était acté dans les formes légales que la documentation, bien que logée dans les mêmes locaux à l’écomusée, comportait deux ensembles distincts. D’une part toutes les archives afférentes aux maisons reconstruites à l’écomusée étaient la propriété de ce dernier, même si j’étais l’auteur de nombre d’études et projets. En revanche les études sur le patrimoine hors écomusée que j’avais menées moi-même ou dirigées restaient ma propriété, simplement déposée à l’écomusée où je la mettais à disposition des chercheurs.

En 2006 pour des raisons sur lesquelles je ne reviens pas ici, je devais quitter l’écomusée, et la plupart de mes collaborateurs et collaboratrices furent licenciés dans la foulée. Les conditions de mon départ ne me permirent pas d’emporter ma documentation. Au long des 19 années qui suivirent, je me heurtais au silence des responsables de l’écomusée lorsque je souhaitais récupérer ces archives pour documenter mes recherches. Mon vœu était de les céder à une institution publique, archives ou services du patrimoine, voie qui se révéla en impasse.

En 2025 un heureux concours de circonstances permit de trouver une solution. La Sénatrice Sabine Drexler mit tout son poids et celui de la CEA (Communauté européenne d’Alsace) afin que la documentation me soit restituée. Cette élue, connue pour son engagement et son dynamisme en faveur de la conservation du patrimoine vernaculaire, trouva une écoute favorable auprès de la nouvelle direction de l’écomusée et de sa conservatrice. Christian Fuchs joua un précieux rôle de facilitateur et d’organisateur.

Parallèlement le maire de Ferrette, François Cohendet, suite au déménagement de la mairie dans de nouveaux locaux, était à la recherche d’une vocation patrimoniale et d’intérêt général à l’ancien hôtel de ville, superbe bâtiment renaissance de 1572. Paul-Bernard Munch, président de la Société d’histoire du Sundgau mesura la portée de l’opportunité qui se présentait et me proposa d’héberger mes archives dans les locaux que la commune proposait de lui attribuer. L’affaire fut ensuite rondement menée. Une équipe de la Société d’histoire du Sundgau procéda à la mise en cartons des documents dont fut dressé immédiatement un premier inventaire sommaire. La CEA fournit le véhicule et le personnel de transport. Fin octobre 2025, les dossiers avaient pris place en bon ordre sur les étagères des nouveaux locaux.

Composition du fonds

Le fonds comporte deux parties :
A) le premier constitué entre 1970 et 2006
B) le second constitué de 2007 à 2026

  1. Cette première partie correspond à ce qui a été récupéré à l’écomusée. Il s’agit de dossiers papier, calques, diapositifs et négatifs, concernant :

- maisons, dépendances agricoles, moulins et autres industries rurales
- villages et leurs terroirs
- châteaux, églises, maisons de maître
- et tous éléments de contexte ou de contenu de ces bâtiments, tels que mobilier, enquêtes ethnographiques, Après 1985, le champ d’investigations s’est élargi et a pris en compte le patrimoine industriel.

Près de 800 villages du Haut-Rhin, du Bas-Rhin et du Territoire de Belfort font l’objet d’un dossier au contenu très variable, depuis l’inventaire exhaustif d’une commune jusqu’à seulement quelques feuillets.

Sur ces 800 dossiers « villages », 130 renvoient à des planches de relevés d’architecture, au format A3. S’ajoutent à ces planches 110 calques de grand format, un même bâtiment pouvant faire l’objet de plusieurs calques. Au total, ce sont 240 bâtiments (au moins) qui ont été relevés. Un premier tri des négatifs photographiques noir et blanc a permis d’estimer le nombre de ces derniers à environ 10 000. Tout cela sera à numériser…

B) Le fond second présente le même caractère mémoriel, une grande partie des bâtiments inventoriés ayant disparu. Il traduit une évolution de la recherche et l’usage de nouveaux outils scientifiques, ainsi la dendrochronologie (70 maisons et granges dendrodatées depuis 2006) appliquée à la totalité de certains villages, pour leurs périodes les plus anciennes (XVe s. au XVIIe s.). Quasiment tout est numérisé. Les dessins A3 originaux (44 chemises concernant une centaine de bâtiments) sont bien entendu toujours disponibles.

Le fonds est inventorié selon la même règle que le fonds premier : villages et communes (430 entrées) sont la base de classement des fichiers numériques. Enfin, le fonds intègre des ensembles de photographies anciennes et des dossiers thématiques.

Figure 3. 19 août 2025. Pour la première fois depuis 19 ans Béatrice et moi retournons à l’écomusée, le temps de trier et emballer ma documentation.

Figure 4. Un membre de l’équipe de la Société d’histoire du Sundgau, Théo Tschamser, affairé à l’emménagement à Ferrette le 19 août 2025

Figure 5. Les dossiers à présent classés, inventoriés et indexés, prêts à servir

Figure 6. La signature de la convention de mise à disposition des locaux en janvier 2026. De droite à gauche la Sénatrice Sabine Dreyer, Paul Bernard Munch président de la Société d’histoire du Sundgau, François Cohendet, maire de Ferrette, Marc Grodwohl

Mise à disposition du fonds aux chercheurs et personnes, associations ou collectivités intéressées

Le fonds premier est logé physiquement à Ferrette, sa consultation implique un déplacement dans des locaux dont les procédures d’accès ne sont pas encore entièrement fixées. Par ailleurs nous sommes encore en période d’installation et n’avons pas sur place de moyens de reprographie (scanner à documents papier, négatifs et diapositives).

Etant numérisé, le fonds second est consultable à distance.

Les limites mentionnées plus haut ne doivent pas entraver la mise à disposition des fonds. Dans un premier temps nous prendrons en compte prioritairement les demandes des chercheurs, associations et collectivités, si celles-ci ont un projet de recherche structuré et précis (par exemple sur un village donné, ou un thème par exemple les tuiles, les systèmes de chauffage etc.). Nous communiquerons alors les inventaires détaillés au demandeur qui pourra choisir et nous désigner les éléments dont il souhaite communication.

Dans la période de rodage ces demandes sont à adresser directement à :

marc.grodwohl@orange.fr avec copie à Philippe Lacourt, Vice-Président de la Société d’histoire du Sundgau : histoiresundgau@gmail.com

Nous espérons que ce centre de ressources pourra trouver son utilité pour tous ceux qui,  à des titres divers,  s’intéressent au patrimoine rural et qu’il stimulera de nouvelles et fructueuses recherches. 

Marc Grodwohl