« Langenberg, village disparu », parution de l’étude « Archéologie du paysage de Gueberschwihr, Voegtlinshoffen et Hattstatt »

Un de mes objets d’étude est le paysage agraire du Moyen Âge central au XVIIIe s. aujourd’hui recouvert par la forêt,  dans les collines sous vosgiennes de part et d ‘autre de Rouffach (Haut-Rhin). Parallèlement aux recherches sur le Petit-Pfingstberg (communes d’Orschwihr et Soultzmatt), une enquête a été conduite avec l’association « Mémoires du Kuckuckstei » (Société d’histoire de Gueberschwihr) sur le site du village déserté de Langenberg.  Tous les marqueurs d’activité ancienne (bornes, cabanes, enclos, murgers, carrières etc.) ont été inventoriés, cartographiés et documentés historiquement. Une visite guidée dans le cadre des Journées du patrimoine 2013 fut une première restitution de cette recherche, suivie de deux conférences.

A présent, cette contribution à l’histoire du paysage du vignoble et de ses marges sylvo-pastorales est publiée par l’association qui lui consacre la totalité de son bulletin n° 9.

Au sommaire :

Christophe Weck. Editorial
Georges Bischoff. Préface. L’Histoire derrière l’image
Marc Grodwohl et l’équipe du Kuckuckstei. La montagne barbue. Archéologie des paysages du village déserté de Langenberg.
François Maurer, Serge Massini. Inventaire des pierres-bornes.

On peut se procurer cette publication de 100 pages et 112 illustrations auprès de l’association, via le bon de commande téléchargeable

 

Compléments bibliographiques: travaux récents sur l'histoire du paysage dans le massif vosgien

ORTLIEB Jean-Baptiste. Anthropisation et occupation des hautes chaumes vosgiennes à travers le temps, étude du massif du Rossberg (2015). Master Recherche, Histoire et Civilisation de l'Europe occidentale. Université de Strasbourg

GRODWOHL Marc. Le monument historique invisible. Structures agraires et pastorales en pierre sèche dans les forêts sous-vosgiennes. In Mélanges offerts à Guy Bronner. Cahiers alsaciens d'archéologie, d'art et d'histoire. Société pour la conservation des monuments historiques d'Alsace. 2015. T. LVIII. p. 145-162 

 

Mises à jour et appendices

Au sujet de  l’ enclosure » de Langenberg

Nous avons posé l’hypothèse de l’éviction des paysans de Langenberg au profit d’une « enclosure » ou domaine seigneurial d’élevage à la fin du XVIe s. Cette hypothèse se trouve confirmée à posteriori par un article dont nous n’avions pas connaissance :

VOGT Jean. L’élevage laitier spécialisé des plaines et collines de Haute-Alsace (XVIe-XVIIe siècles). In Annuaire de la Société d’Histoire du Sundgau, 2004. Reproduit in  BOEHLER Jean-Michel et LERCH Dominique,  « Moissons d’histoire (XVe-XIXe siècle) Jean Vogt : un demi-siècle de recherches sur l’histoire de la campagne alsacienne (1952-2005). Société savante d’Alsace / Société académique du Bas-Rhin 2015. P 169-171

« Il convient de mettre en relief Langenberg, où les Truchsess de Rheinfelden regroupaient des biens à la fin du XVIe siècle, où ils forment « une vacherie considérable. »  L’auteur se réfère à ADHR I J 14,15

Au sujet de l’enclos à porcs sous forêt « Saupferg »

Contrairement à ce qui est affirmé dans la publication p. 59, l’enclos « Saupferg » représenté sur les plans de 1599 et 1609 n’a pas été détruit. Notre œil était insuffisamment exercé. Entre février et avril 2003, l’équipe (François Maurer, Marc Grodwohl, Jean-Claude Scherb, Serge et Anne-Marie Massini, Jean-Daniel Meyer et André Eber) a procédé au relevé précis à l’échelle du 1/50e des enclos du Herrenwald et du Kuhlagergaben-Breitenbourg (Gueberschwihr) et du Haullen (Pfaffenheim). Ces enclos se conforment à une organisation de base identique, imperceptible sur le terrain qui ne montre que des chaos.  Exercés, nous avons reconnu sans peine les traces du Saupferg à la limite des bans de Hattstatt et de Voegtlinshoffen (anciennement abbaye de Marbach), en bordure du sentier de Marbach à son intersection avec le raidillon est-ouest parcours des troupeaux en direction de la montagne. La découverte a une certaine importance car cet enclos était encore en usage en 1599. Les autres enclos ne sont pas datés ni archéologiquement ni textuellement. L'enclos du Herrenwald, néanmoins, apporte la reuve archéologique de son occupation pendant la première moitié du XVIe s. ce qui ne date pas la création de l'enclos.

Une vue d’ensemble (provisoire) est à paraître dans les Cahiers alsaciens d’archéologie, d’art et d’histoire.


 

Le Saupferg localisé en avril 2015

 


Localisation des structures d'élevage conservées sous forêt dans les collines sous-vosgiennes. Le Pferch de Langenberg/Voegtlinshoffen sous le n° 4.

Recensions et comptes rendus

In INFORMATIONS. Lettre d’information de la Société pour la conservation des monuments historiques d’Alsace. N° 43. Janvier 2015

MAURER, Serge MASSINI, Christophe WECK, Langenberg, village disparu. Une archéologie du paysage à Gueberschwihr, Vœgtlingshofen et Hattstatt. Mémoires du Kuckuckstei, bulletin n° 9, 2014. Enquêter à l’échelle d’un territoire est une façon récente de faire de l’archéologie, en adéquation totale avec les réflexions globales que notre époque voue à « l’environnement ». Bien sûr, les villages disparus appartiennent de longue date aux historiens et nombreux sont ceux qui ressurgissent, souvent totalement inattendus, lors des aménagements (lotissements, ZAC, lignes ferroviaires à grande vitesse…). En s’appuyant sur des outils récents tels que le Lidar, système de numérisation des reliefs, l’archéologie étend son champ pour croiser, une nouvelle fois, celui de la géographie. Ces outils connaissent un succès, facile à comprendre, parce qu’ils permettent à tout un chacun, chercheur professionnel comme amateur éclairé, de prospecter un territoire pratiquement depuis son bureau. D’abord destiné à l’aménagement du territoire, l’outil profite à l’archéologie par les opportunités de mise en évidence « d’anomalies » géographiques dont l’origine est anthropique. Non seulement un site peut être détecté, mais il n’est plus un isolat puisque l’étude d’une image permet d’en repousser les limites et de l’intégrer dans un ensemble, le territoire et/ou le paysage. Jusque-là, ce travail reposait sur l’étude de la cartographie ancienne. Maintenant, celle-ci peut être rendue vivante par la mise en évidence concrète des informations qu’elle reproduit.

À ce propos, c’est avec jubilation que nous avons découvert, en 2014, la publication d’une recherche sur le village disparu de Langenberg près de Gueberschwihr, fruit du travail d’une équipe de passionnés. Appuyés par Marc Grodwohl, ces chercheurs ont entrepris leur travail en confrontant des plans-vues du début du XVIIe siècle comme les plans de finage du siècle suivant avec le Lidar accessible sur le site internet du CG68 (www.infogeo68.fr). Le territoire examiné s’étage depuis les coteaux viticoles jusqu’à la crête dominée par la ruine du Haut-Hattstatt à l’ouest. Qu’ont-ils cherché ? Ce que montraient les plans du XVIIe siècle, dressés à l’occasion des procès induits, après le décès de Claus von Hattstatt en 1585, à propos de la succession de cette famille et qu’il était ensuite nécessaire de confronter à la toponymie et à la mise en perspective des sources écrites pour saisir la réalité du peuplement des hameaux et fermes évoqués par ces sources graphiques. Sur le terrain, ils relevaient des vestiges d’habitats, des épierrements, des murets de limites de parcelles dont certaines remontent probablement au XIIe siècle, des fragments connus, sur le terrain, par les curieux, mais dont l’emprise précise prend corps sur le Lidar.

Cette passionnante enquête nous emmène en excursion dans un coin d’histoire locale et prouve une chose : outre la conservation de terroirs anciens dans un paysage actuel et dont il est impératif d’assurer la mémoire, ce type d’archéologie non destructive est accessible à tous et permet ainsi la création de réseaux de savoirs immenses, qu’il est urgent d’encourager devant la frénésie d’aménagements et d’exploitation de notre époque. Décortiquée avec une précision de biologiste, l’histoire de ce village disparu devient celle d’un organisme vivant : probablement dépeuplé dès le XIVe siècle, il est, au début du XVIIe siècle, encore au centre de querelles autour des droits et des revenus qu’il peut générer.

L’ouvrage s’achève par une enquête sur les bornes, témoins, sur le terrain, d’une cadastration écrite et dessinée pour mettre un point final à ces interminables tensions entre le monde aristocratique (et ses pratiques devenues progressivement obsolètes) et les communautés villageoises au cours de l’époque moderne. La conclusion de ce travail (un peu longuette) ouvre le dialogue entre archéologie et ethnologie, puisque l’appel est fait à la mémoire orale, aux 6 Informations n° 43 – janvier 2015 souvenirs des lieux que possède une génération vieillissante, et qu’une digression bienvenue nous emmène jusqu’aux confins du Togo, pour un aller-retour géographique et temporel ! Merci aux auteurs, « chercheurs du dimanche » car ils y ont consacré leurs loisirs, de nous livrer ce travail exemplaire. La lecture de cet ouvrage suscite l’envie de se promener, de regarder nos forêts et montagnes différemment, et c’est là sa réussite. Un ouvrage de méthodologie et de science à savourer et à imiter sans retenue !

 

Jacky KOCH

 


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