1971-2021, une évocation des « Maisons paysannes d’Alsace » il y a un demi-siècle

Je rends visite récemment à mon vieil ami Michel Fernex, à Biederthal. A un moment, il me montre un autocollant, dont je n’avais pas conservé d’exemplaire.  Son année d’édition est probablement 1971, peu avant les premiers chantiers bénévoles de sauvegarde et de « revivification »  des maisons paysannes de Gommersdorf (puis Montreux-Jeune, Lutter etc.). Le dessin est de la main de l’artiste sierentzoise Françoise Haas. Il représente la place de la fontaine à Sierentz, avec à gauche une maison à pan de bois pourvue d’une galerie à croix en X. Au moment de l’édition de l’autocollant, la maison venait d’être détruite, quasiment sous nos yeux. Nous tenions alors une réunion de « Maisons paysannes d’Alsace » qui était encore un groupe informel, au moulin Haas belle demeure de famille à cette époque emplie de meubles et tableaux accumulés par des générations de meuniers, ambassadeurs, artistes-peintres  et notables cultivés.

Le premier autocollant de l'association "Maisons paysannes d'Alsace" dessiné par Françoise Haas en 1971 représente un aspect de la Place de la Fontaine à Sierentz

La maison représentée à droite sur l'autocollant, photographiée en 1971 par Jean-Claude Egert avant sa démolition

Je me souviens d’une journée ensoleillée. Notre thème de travail était, sous la conduite de Roger Lehni alors responsable de l’Inventaire Général des richesses artistiques de la France initié par André Malraux, de mettre au point une méthode d’inventaire des maisons paysannes. Voulant discuter des critères d’inventaire sur pièces, notre groupe a commencé un tour du village vite interrompu par le navrant spectacle de cette démolition en cours. Un entrepreneur thannois, le regretté André Lutringer, faisait partie de notre groupe. Lui aussi outré par le massacre, et animé d’une rare foi en la jeunesse (fût-elle dépenaillée et hirsute !) il proposa de mettre les moyens techniques de son entreprise à notre disposition, sans limite si nous décidions de passer aux actes. C’est sur la foi de cette promesse tenue sans faille pendant une bonne douzaine d’années que nous avons entrepris les premiers chantiers de Gommersdorf, et dans la foulée dès 1972 le premier démontage d’une maison insauvable sur place, à Wahlbach.

Le moulin Haas à Sierentz au temps de sa gloire

Puis vint l’écomusée, son succès, les envies et appétits qu’il suscita. La tentative de son absorption par l’éphémère  Bioscope voisin, encouragée  par la Région Alsace et le Conseil général du Haut-Rhin, sonna à l’automne 2006 la fin de la partie du moins en ce qui me concerne.  Un tout autre autocollant fut édité lors d’une ultime résistance.

Autres temps, autres combats : le dernier autocollant (2006)

Mais l’aventure et le projet pionnier des maisons paysannes d’Alsace ont laissé leur empreinte, du moins pour aussi longtemps que durent les mémoires individuelles.  Plus d’une fois après la débâcle, j’ai eu d’heureuses surprises me rappelant que toutes les années difficiles n’avaient pas été vaines. C’est ainsi que cette défunte maison de Sierentz figurant sur l’autocollant refit surface de manière aussi inattendue que touchante. En Avril 2011, Monsieur Jean-Claude Egert que je ne connaissais que pour l’avoir brièvement rencontré lors d’une conférence, m’envoie une photographie de cette maison prise juste avant sa démolition. Il venait alors de passer son bac et d’obtenir son premier appareil photographique couleur. La première pellicule garda l’empreinte de la maison qui devait disparaître peu après.

La redécouverte de l’autocollant me donne enfin l’occasion de relater l’anecdote et de remercier Jean-Claude Egert,  en rappelant aussi la mémoire des artisans de la première heure qui n’avaient cure de l’âge, du milieu social, des opinions politiques des uns et des autres. Le partage de l’action passait avant tout.

Noël 2020


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