Villages, hameaux et terroirs oubliés à Gueberschwihr et environs


Figure 1. Le visuel de l'affiche des Journées du patrimoine à Gueberschwihr les 13-14-15 septembre (avec un emprunt à "La  Tréfilerie sur la Peignitz" d'Albrecht Dürer 1494)

L’association « Mémoires du Kuckuckstein », société d’histoire de Gueberschwihr, a choisi le thème des habitats désertés comme fil conducteur de ses travaux en 2013. Ces recherches prolongent  par certains aspects celles  que je mène au Petit-Pfingstberg depuis 2011 et j’ai accompagné avec plaisir un groupe enthousiaste, aux compétences diversifiées, qui a bénéficié de la remarquable connaissance du terrain d’André Eber.

Le périmètre de la recherche est délimité par  la lisière des vignobles de Gueberschwihr, Hattstatt et Voegtlinshoffen, les vallons de Saint-Marc et de Marbach, la crête granitique entre les collines sous-vosgiennes et le val de Soultzbach, soit 6 km². Une douzaine de sorties sur le terrain, de mars à août 2013, ont eu pour objet de quadriller le terrain et d’inventorier toutes les structures anthropiques : murs et murgers, chemins, fossés, pierres bornes etc.  Ces informations, en grande partie localisées ou identifiées grâce aux vues aériennes LiDAR en ligne sur le site d’information géographique du Haut-Rhin,  ont été croisées avec les sources imprimées et les documents d’archives. Parmi ces derniers, d’exceptionnels documents figurés : des plans de 1599 et 1609, ce dernier « retrouvé » et aimablement transcrit par l’historien Georges Bischoff.  Les toponymes ont été recensés et indexés dans une base de données et reportés sur la carte.

La recherche a permis de préciser les occupations successives des collines sous-vosgiennes dans le périmètre défini, actuellement recouvertes sous forêt.  On a pu localiser un groupe de cultures en bocage, exploitées par des frères convers jusqu’au début du XVIe s. et documenter le village de Langenberg, déserté au XIV e s.  Un parcours de transhumance des bovins a été repéré essentiellement sur des bases toponymiques, tandis que l’élevage du porc –source de conflits d’usage de la forêt entraînant d’interminables procédures entre les seigneurs et les communautés à la fin du XVIe s. et au début du XVIIe s. est évoqué par des structures (maison de porchers ?) et un abornement dont certains éléments remontent au XVe s.  voire auparavant.

La publication des résultats de la recherche interviendra dans le bulletin de l’association « Mémoires du Kuckucsktei » en avril 2014.

On en sait aujourd ‘hui un peu davantage sur l’histoire des écosystèmes de cette partie des collines sous-vosgiennes. L’état présent des recherches du groupe a été présenté au cours d'un exposé que j'ai donné vendredi  13 septembre  à Gueberschwihr. Des visites guidées d’un « circuit des villages oubliés » ont eu lieu lieu samedi 14 et dimanche 15 septembre. Durant quatre heures à travers forêts et rocailles, un public attentif s'est familiarisé avec les méthodes permettant d'identifier et d'interpréter les "tas de cailloux" qu'il cotoyait auparavant lors de ses promenades dominicales sans les voir.


Figure 2. L'entrée de la zone prospectée: le vallon du Fallbach entre le vignoble du Goldert à Gueberschwihr (à gauche) et celui du Haegelé à Voegstlinshoffen (à droite). A l'arrière plan, la colline tabulaire gréseuse de l'Ostbourg et son front de carrières


Figure 3. Notre guide, André Eber, parfait connaisseur du terrain


Figure 4. Une des structures en pierres sèches les plus remarquables (cabane de berger ou porcher?)


Figure 5. Repérage d'une pierre borne portant sur cette face les armes du seigneur (l'évêque de Strasbourg) et de la communauté (Gueberschwihr), sur l'autre celle des seigneurs de Hattstatt.


Figure 6. Les quelques maisons de Langenberg en 1599 témoignent d'une réoccupation limitée du site du village déserté

Figure 7. Un rocher borne portant la marque de l'abbaye de Marbach dans une forêt âprement disputée entre les différents seigneurs d'une part, et les seigneurs et les communautés d'autre part.



Figure 8. Les 14 et 15 septembre, l'exposition dans la cour de la mairie est le point de départ des visites guidées



Figure 9. Présentation de la méthode de photographie aérienne LiDAR (light detection and ranging), qui permet de visualiser les moindres mouvements des sols: c'est un outil irremplaçable pour préparer les repérages sur le terrain (librement consultable sur le site infogeo68)




Figure 10. L'observation de l'environnement quotidien permet de saisir les cycles écologiques (variations des activités humaines, disponibilité ou non de ressources forestières) dont les structures sous forêt sont l'empreinte



Figure 11. Exploitation des photographies aériennes LiDAR, travaux pratiques sur le terrain



Figure 12. Un des trois enclos bocagers des frères convers du Haberlehen (XVe s.) exploités dans une courte fenêtre entre les crises du XIVe s. et l'accaparation seigneuriale au XVIe s.



Figure 13. Cerise sur le gâteau: présentation du système de collecte d'eau d'une carrière de l'Ostbourg.

La publication des recherches a paru en avril 2014 sous le titre "Langenberg, village disparu. Une archéologie du paysage à Guebertschwihr, Hattstatt et Voegtlinshoffen".


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