Clair de mine: la publication

"Clair de mine", conçu et réalisé pour rendre accessible à tous l'aventure industrielle des mines de potasse d'Alsace, a été ouvert en juin 2004 simultanément à la fin de l'exploitation minière. Une publication, de plus inédite, semble être aujourd'hui la dernière trace de cette entreprise muséographique d'envergure.

Situons rapidement le cadre de cette réalisation. L'Ecomusée d'Alsace s'est implanté dans un premier temps sur 10 hectares mis à disposition par la commune d'Ungersheim. Après 4 ans de travaux, le musée ouvre au public. Je cherche alors à protéger la périphérie du musée d'installations commerciales pirates, à créer la réserve foncière du musée et surtout à intégrer le patrimoine minier du Bassin Potassique à l'Ecomusée.
Le carreau minier Rodolphe était désaffecté depuis 1976, et quand je suis arrivé à Ungersheim en 1980, les démolitions allaient bon train. Nous avons pu procéder à l'acquisition des ruines en 1986, pas au franc symbolique comme on a parfois pu l'entendre dire. Progressivement, avec ténacité, nous avons pu parcelle après parcelle, année après années, avec la bonne collaboration des Mines de potasse d'Alsace, reconstituer l'unité foncière du carreau minier, soit 25 hectares.
A partir de 2002, nous avons pu mettre en service une voie ferrée entre le village et la mine, et organiser des visites guidées du carreau minier. L'intérêt de ces visites, outre l'architecture du site et son pathétique état de déshérence, était aussi de faire voir au public le formidable travail effectué par l'association de mineurs « Groupe Rodolphe ». A partir de 1994 cette association s'est consacrée avec beaucoup d'enthousiasme et de compétences totalement bénévoles, à la restauration des machines et matériels remontés du fond de la mine.
En effet, la fermeture définitive des mines et l'arrêt d'exploitation étaient prévus de longue date en 2004, date également celle du 100e anniversaire de la découverte de la potasse.
Il nous a paru essentiel que l'aménagement du carreau Rodolphe livre, synchrone avec les festivités de la fin des mines de potasse, un parcours rendant hommage à cette aventure industrielle. Nous avons, grâce à une équipe d'exception –j'ai notamment coopéré avec un remarquable scénographe, Bruno Cohen- et en y mettant toute notre énergie, réussi à livrer ce parcours intérieur, représentant près d'un kilomètre scénographié, en cinq mois de travaux, entre janvier et juin 2004. C'était un vrai pari, car la complexité du projet était encore renforcée par ma volonté de toucher le bâtiment et ses organes le moins possible. Ce parcours suivait un fil narratif au top de la technologie présente, insinué dans les méandres de la ruine aux fenêtres béantes.
Le parcours été ouvert 4 mois en 2004 et autant en 2005, et a accueilli 70 000 visiteurs. C'était une belle réussite car les visiteurs du musée devaient s'acquitter d'un prix d'entrée spécial, en sus de l'entrée au musée. Je reviendrai plus tard sur cette partie de l'aventure de l'Ecomusée d'Alsace, lamentablement avortée après des investissements considérables et avec une grande arrogance vis-à-vis de ceux qui avaient porté ce projet pendant deux décennies, et de façon plus générale la population rattachée à cette histoire minière toute récente.
Place à la visite que l'on ne peut plus faire…
Nous avions prévu d'éditer une publication-souvenir pour nos visiteurs.
Elle est restée à l'état de maquette, c'est un travail collectif de Cécile Chevalet, Julie Barbey, Nathalie Stoffel et Gigi Danilovic, que j'ai orienté et auquel j'ai contribué par une bonne partie des textes. Les dessins et graffiti sont des extraits de mes carnets de notes à 1000 mètres sous terre.
La publication est dans un premier chapitre dédiée à la genèse ce projet et montre comment les idées sont nées.

Puis, comme les visiteurs qui étaient amenés par ascenseur au plus haut du bâtiment , nous verrons les 11 mines disparues du bassin potassique se réinscrire dans le paysage réel de la plaine d'Alsace telles des mirages.
Après le paysage physique, reconstruit par les apparitions fugaces des mines disparues, des témoignages de mineurs nous permettent –nous permettaient- d'entrer dans un autre paysage, celui des mentalités et de la culture : comment les mineurs vivaient-t-ils, dans une activité à la fin programmée, comment se représentaient-ils l'après- mines.
La salle des cartes, prouesse technique, faisait marcher les visiteurs... sur la mer. Ils assistaient à la formation géologique du bassin potassique puis à son exploitation depuis le début du XXe siècle.
Le parcours les conduisait ensuite dans la vie au fond de la mine, évoquée par un dispositif de cubes d'images immergés dans le noir.
Enfin, les visiteurs, après avoir perdu toute notion du temps, débouchaient dans une taille, avec une haveuse à taille intégrale magnifiquement restaurée par les mineurs du Groupe Rodolphe et les Mines de potasse d'Alsace.
La fermeture de ce site est un gâchis financier et humain qui dépasse l'entendement. Pourtant, la bonne humeur et la concorde paraissaient règner lors de l'inauguration dans les premiers jours de juillet 2004:

de gauche à droite, Marc Grodwohl, le président du Conseil général, le député de la circonscription, le Vice-Président du Conseil régional, le Préfet, le maire de Mulhouse et président de l'Agglomération

François Capber, Président de l'Association de l'Ecomusée d'Alsace, Gérard Jaeger ancien président de l'association "Groupe Rodolphe", au premier plan des mineurs bénévoles du "Groupe Rodolphe", tous nous écoutons les bonnes paroles du nouveau président du Conseil général venu inaugurer la réalisation réussie grâce à l'implication de son prédécesseur Constant Goerg.


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