Etude et conservation d’ouvrages en pierres sèches au Zinnkoepfle (Haut-Rhin)

Depuis quelques années, je m’intéresse aux structures en pierres sèches des collines sous-vosgiennes, visibles dans le vignoble ou conservées sous couvert forestier. Ce travail fait l’inventaire de ces structures peu connues et menacées tant par les remembrements viticoles que par les travaux forestiers. Le périmètre d’études s’étend d’Orschwihr à Voegtlinshoffen. Le Parc naturel régional des Ballons des Vosges m’a donné la possibilité d’intervenir sur le site du Zinnkoepfle,  sur les bans des communes de Westhalten et de Soultzmatt, dans le cadre d’un projet alliant restauration du milieu naturel et consolidation de certains éléments bâtis. 

Figure 1. Cabane B en cours d'achèvement


Je tiens à exprimer mes remerciements tout particuliers à :

Madame Claudia CARIDI, Chargée de mission Natura 2000 pour le site des collines sous-vosgiennes, Parc naturel régional des Ballons des Vosges, maître d’ouvrage avec laquelle un dialogue fructueux s’est tenu tout au long de la réalisation du projet

Monsieur Bruno FREY (à gauche sur la photographie)
Monsieur Clément URICHER (à droite)
sans lesquels ce projet n’aurait pu être mené à bonne fin.

Les travaux se sont déroulés de la fin octobre à décembre 2016. 


Figure 2


Figure 3. 
Plan de situation du Zinnkoepfle. Trait de tirets en rouge ; limite intercommunale Soultzmatt/Westhalten. A et B : structures lithiques prises en compte par le projet. La zone encadrée en rouge est celle faisant l’objet du plan détaillé figure 9.

Une connaissance archéologique du paysage encore embryonnaire

De nos jours, le Zinnkoepfle se présente comme un éperon en continuité paysagère de la forêt du Hohberg ou Hochberg.  La futaie du sommet s’abaisse graduellement en taillis pour  laisser place à  la lande d’une quarantaine d’hectares orientée sur un axe nord-sud surplombant les vignobles. En montant depuis la vallée de l’Ohmbach, on traverse différentes qualités d’espaces,  de l’urbain à la culture intensive, puis à la densité croissante de ce que la culture de notre temps identifie au « naturel ». Ce paysage suggère quelque chose d’immuable, d’intouché, qui aurait résisté à l’action humaine. En conséquence, il cristallise les tensions entre différents courants de pensée sur les rapports homme et nature.

L’archéologie du paysage apporte des éléments objectifs au débat et élargit la panoplie des outils d’analyse du paysage et des milieux. Elle puise à des sources de différente nature : sources écrites et figurées (plans anciens), observation du terrain, cette dernière grandement facilitée par la mise en ligne par le Département du Haut-Rhin des photographies aériennes Lidar (1).

Dans le cas présent, on peut relever l’absence de représentations du Zinnkoepfle, en tant que lande, antérieures au XVIII e s. Une vue du massif du Hochberg en 1599 par exemple, fourmille de détails réalistes sur les villages et leur environnement mais ne montre rien du relief et de la singularité du Zinnkoepfle alors que les carrières du versant est de la colline sont figurées avec précision.

La carte de Broutin (1710-1734) figure des champs sur le plateau sommital, entourés de vignes. Ce n’est néanmoins pas une preuve absolue que le plateau était effectivement en cultures à cette période. On notera au nord du Zinnkoepfle une grande zone de friches, au Rebenacker que nous avons étudié ailleurs (2).  La carte postérieure de d’Arçon (vers 1778) montre que l’extension de la vigne n’a guère changé durant le XVIIIe s. et ne renseigne nullement sur la nature de l’occupation du plateau, sinon qu’il est entièrement ouvert, sans ceinture boisée.


Figure 4. Carte de Broutin (1714-1734)

Les documents les plus précis sur la nature de l’occupation des sols  sont les plans de masses des cultures dressés vers 1760 par l’Intendance d’Alsace dans le but de déterminer les bases d’imposition des communes (3)


Figure 5. Carte de d’Arçon (vers 1778)

La colline – comme le village de Westhalten –  est partagée entre la ville de Rouffach et Soultzmatt (Westhalten ne devient commune autonome qu’en 1818). En lisière de forêt, soit entre 450 m et 480 m d’altitude, nous trouvons des champs (n° 21 sur le plan) nommés Sauwasen du côté Soultzmatt et Hochberg acker (S sur le plan) du coté de Rouffach. Au-delà de ces champs, les cultures continuent en cordon autour de la forêt communale du Hochberg , séparant franchement cette dernière des vignes. Mais auparavant, il est possible que la vigne montait plus haut et venait en contact avec la forêt : de la vigne est attestée au Hohenberg en 1288 (4). On prêtera attention au toponyme Sauwasen qui peut signifier lieu d’équarissage, mais le cas présent nous pensons plutôt « à l’origine » à une pâture à porcs convertie ultérieurement en cultures. L’articulation de ce pâturage ( ?) avec la glandée dans la forêt du Hochberg, actuellement étudiée par Gérard Michel, reste à définir et comprendre.

La lande nommée aujourd’hui Zinnkoepfle (toponyme qui s’est étendu tardivement au vignoble en contrebas) est un plateau situé à une altitude moyenne de 440 m, classé en pâturage en 1760.


Figure 6. Assemblage des plans dits « de l’Intendance », vers 1760, des finages de Soultzmatt et Rouffach. Les carrés rouges localisent les pierres-bornes de délimitation des bans.

La partie située sur le ban de Soultzmatt est nommée Zinich Köpfflen (n° 116 sur le plan), avec une superficie de 40 arpents (20 hectares). Côté Rouffach (actuellement Westhalten), 15 arpents de pâturage (7,5 hectares) sont nommés Hohenacker (n° 60 sur le plan). Ce toponyme Hohenacker désigne des cultures au point le plus élevé. La lande prendrait donc ici la place de cultures, délaissées au XVIII e s. et sans doute bien plus tôt. Au Hohenacker,  les Laubgassen – famille noble par ailleurs propriétaire de vignes à Westhalten –  possèdaient au XIVe s. un Schweighof, soit une ferme d’élevage de bovins faisant pendant à un établissement similaire appartenant à la même famille au Petit Pfingstberg, sur le versant opposé du val de l’Ohmbach.

Enfin, au sud,  nous observons à nouveau une petite ceinture de champs au pied de l’éperon, eux aussi nommés Sauwasen (n 18 et 96 sur le plan), à l’opposé de ceux mentionnés plus haut. Cette ceinture de champs est interrompue par une langue de pâturage en forte pente (suivant un murger en cordon) qui délimitait probablement le parcours des troupeaux, des villages à la lande et à la forêt du Hochberg. Ces champs entre vignes et forêts nous ont été signalés comme propices, encore au milieu du XXe s., à la culture des lentilles.

Figure 7. Coupe entre Soultzmatt et le plateau sommital du Hohberg/Hochberg avec report de l’étagement des modes d’occupation des sols établi par les plans de 1760, figure 6.

 

L’observation du terrain

Le plateau sommital de la colline était encore déboisé en 1956 comme le montre la photographie aérienne prise à cette date. Seule sa périphérie, dans la partie la plus escarpée,  est recouverte de bois et taillis, qui sont apparus entre 1885 et 1956. Les structures en pierres sèches du plateau sont nettement visibles. Elles délimitent au sud un enclos, dont le mur nord en V vient barrer à l’accès à l’extrémité de l’éperon.

Figure 8. Vue aérienne de 1956 (source : infogeo68)

Cette structure fut un temps assez remarquable pour mériter d’être schématiquement représentée sur la carte d’Etat-Major de 1885

Figure 9. Carte d’Etat-Major de 1885 (source : infogeo68)

Les autres murs majeurs apparaissant sur la photographie aérienne sont des cordons réticulés. Sur la  vue aérienne actuelle Lidar, qui révèle les plus infimes reliefs même sous couvert forestier, apparaissent des structures secondaires ou trop fortement érodées pour être lisibles sur la vue de 1956. Mises bout à bout, ces informations montrent sur le plateau des parcelles très irrégulières. Du plateau rayonnent des murs droits, dans le sens de pente, qui sont les structures d’épierrement et de délimitation (voire de circulation des hommes et des attelages d’ânes) les plus courants dans la région et bien au-delà, connus sous le nom de Steinrudel.

Ce réseau de structures est comparable à celui étudié par Dominique Schwartz au Bickenberg, un milieu proche et analogue (Osenbach) (5) et en de nombreux autres lieux des collines sous-vosgiennes.

Figure 10. Vue aérienne 2011 (infogeo68)

Figure 11. Vue aérienne Lidar (infogeo68)

Figure 12. Plan des structures en pierres sèches au sud du Zinnkoepfle (localisation du périmètre : se reporter à la figure 1). Les traits forts indiquent les structures visibles sur la photographe aérienne de 1956 (figure 8), les traits fins en gris d’autres structures révélées par la couverture Lidar.

Les structures en pierres sèches des deux plateaux ont en commun d’être très modestes en élévation, comparées à celles du Petit-Pfingstberg qui sont en grès. Cela s’explique moins par la gélivité de la roche calcaire, que par la présence dans les deux cas de fours à chaux en contrebas. Côté Westhalten, leur emplacement est signalé par plusieurs toponymes Kalckofen (n° 61, 28 et P sur le plan). Ils ont très certainement été alimentés par les matériaux d’épierrement les plus facilement transportables, pratique attestée pour le Bollenberg,  colline voisine.

S’il est difficile d’établir une chronologie de l’occupation du Zinnkoepfle, il ne fait pas de doute qu’à une époque indéterminée il a fait l’objet d’une ou plusieurs amples campagnes de préparation des sols à la culture (des prés de fauche peuvent aussi être envisagés). Cette valorisation des sols à des fins culturales n’exclut pas d’autres activités : l’élevage (de bovins ?) avec pâture sur les jachères ou dans la forêt proche. A la mise en valeur intensive ont succédé des cycles de pâturages et de remise en culture partielle, voire de taillis (bois de chauffage) et de forêts (châtaigniers pour les échalas de vignes), la dernière période de grands changements dont est issu le paysage actuel courant grosso modo de 1750 à 1850 : elle est marquée par l’essor conjoint de la vigne et de la forêt.

Si les structures d’épierrement en cordon peuvent être rapportées à des phases premières, les structures secondaires – chemins, fossés, pierriers en dôme (peu nombreux) –  peuvent correspondre à des phases plus récentes. Pour l’heure, aucune enquête ethnographique approfondie n’a été menée sur les usages en vigueur au XXe s. On nous a rapporté que vers 1942-1943 le dernier habitant de Soultzmatt à monter au Zinnkoepfle pour y faire paître quelques moutons, une chèvre et un porc était M. Frick. Le chemin était nommé Vehwag (chemin du bétail, non mentionné sur les cadastres anciens) (6).

Les « cabanes » : généralités

Le vignoble alsacien est relativement pauvre en bâtiments en dehors de enclos des villages, compte tenu de la densité de ces derniers et de la relative brève distance entre ces derniers et les cultures les plus éloignées. Néanmoins la toponymie fait couramment mention de « huttes », et des fouloirs et pressoirs hors des villages ont existé : des toponymes l’attestent à Pfaffenheim et à Osenbach. La mauvaise qualité et le faible nombre des chemins à charrettes ont pu favoriser le transport à dos d’âne des jus pressés à proximité des vignes.

Quelques cabanes sont observables de ci, de là. Les jardins d’agrément dans les vignes, avec kiosque ou pavillon, dont on trouve ou trouvait quelques exemples plus au nord (Niedermorschwihr, Kientzheim, Kaysersberg, Ribeauvillé) ne sont pas nombreux (dans l’état actuel des connaissances) dans les environs de Rouffach et Soultzmatt. On rencontre par contre (Bollenberg, Pfingstberg) assez fréquemment des renfoncements pratiqués dans les murs de soutènement des terrasses. Sommairement couvertes de branchages, ces niches permettaient à deux ou trois personnes de s’abriter des orages.

Figure 13. M.M. Jean-Marie (†) et Jean-Paul Zusslin (vignerons à Orschwihr) devant une cabane-niche au Petit-Pfingstberg

Quelques cabanes en pierres sèches, couvertes de tôle,  sont visibles à Westhalten, Soultzmatt et sans doute ailleurs. Leur fonction principale est de collecter suffisamment d’eau pluviale pour préparer la bouillie bordelaise lors des campagnes de traitement des vignes.

Une dernière catégorie de cabanes pose problème. Il s’agit de structures de plan à peu près carré, dont les côtés varient entre 140 cm x 150 cm (Petit Pfingstberg) et 170 cm x 235 cm (Bickenberg), s’ouvrant sur un côté par une porte très étroite. Leur mur ne comporte qu’un parement intérieur, haut de 80 à 90 cm. A l’extérieur, l’amassement chaotique des matériaux d’épierrement vient buter sur ce parement, englobant le fond de cabane dans la masse du pierrier-cordon. On en conclut, peut-être trop vite, que la construction de la cabane est pensée au moment du premier épierrement systématique. Pour l’heure, seules trois cabanes de ce type ont été identifiées, deux au Petit-Pfingstberg et une au Bickenberg ; un quatrième cas se présente peut-être au Kastelberg, à vérifier.

Figure 14. Cabane 1 au Petit-Pfingstberg (Soultzmatt) dans l’angle d’un pierrier-mur (cordon)

Figure 15. Cabane 2 au Petit-Pfingstberg (Soultzmatt) à l’intersection de deux pierriers-mur (cordon)

Ce type de constructions noyées dans l’épaisseur du pierrier se rencontre ailleurs en Europe. Nous l’avons vu en Haut-Aragon, où il participe à l’équipement de grandes parcelles. Dans ce cas, la toiture est en bâtière, en pierres plates. 

Figures 16 et 17. Enclos à Olivan (Haut-Aragon, Espagne) avec cabanes incorporées dans les murs d’enclos

En Alsace, on ne dispose guère que de l’étude de Robert Forrer (7) sur les huttes de pâtre (en plaine) pour se représenter ces architectures modestes et souvent éphémères.

Figure 18. Hutte de pâtre à Dachstein (Bas Rhin) étudiée par Robert Forrer, op. cit.

Figure 19. Hutte de pâtre à Hangenbieten (Bas Rhin) étudiée par Robert Forrer, op. cit.

Nous-même avons eu la chance de découvrir dans l’album de la famille mulhousienne Mahler (vers 1900) deux photographies de cabanes non localisées, mais assurément prises dans le sud du massif vosgien.

Figures 20 et 21. Cabanes vosgiennes, photographies extraites de l’album de la famille Mahler (Mulhouse) vers 1900

C’est donc pourvus d’un bien maigre matériau documentaire que nous avons répondu à l’invitation du Parc régional des Ballons des Vosges de restaurer, reconstruire ou reconstituer une cabane évocatrice du passé agraire du Zinnkoepflé.

Les  « cabanes » du Zinnkoepfle

La « cabane » A : observations

Une « cabane » (cabane A) a été récemment (2015) mise en évidence par des travaux de débroussaillement du site. Non orthogonale elle mesure 200 cm x 180 cm de côté, avec une probabilité d’entrée à l’ouest. Le parement intérieur est conservé jusqu’à une hauteur moyenne de 100 cm. Le sol étant peu encombré, cette hauteur est sans doute celle d’origine.

A l’extérieur, le fond de cabane est noyé dans un pierrier grosso modo circulaire d’environ 700 cm de diamètre. 

Figures 22 et 23. « Cabane » A avant intervention de consolidation

A 8 mètres à l’ouest court un fossé sinueux orienté à peu près nord-sud, dont les déblais ont été entassés pour former un merlon. Cet aménagement va dans le sens d’une fonction militaire de la « cabane » A.

Après discussion, il a été décidé de ne pas modifier ou prétendre restaurer cet objet trop peu documenté, mais d’en assurer la simple conservation par la dépose puis le remontage à l’identique des parties les plus endommagées.

Cela a impliqué la recherche du sol initial, trouvé à moins de 20 cm du sol actuel, dégagé sur une largeur de seulement 40 cm le long du mur nord. Dans cette tranchée ont été trouvées deux douilles de balles pour fusil (militaire ?). La dépose des vestiges du mur nord a permis d’observer l’ouvrage en coupe.

Contre le parement intérieur vient s’appuyer un contre-mur en chaos de pierres, fortement chargé de terre. A mi-hauteur ont été trouvés un fil de fer et des tessons de verre industriel, de couleur verte. La structure est donc récente (XXe s.), peut-être militaire et certainement pas agro-pastorale. L’abondance de terre contenue par le mur est en contradiction avec une structure d’épierrement.

Figure 24. Coupe sur le mur ouest montrant le contre-mur en pierre et terre

Figure 25. Mobilier mentionné

Figure 26. Relevé de la « cabane » A

Ce vestige a été consolidé comme prévu, et reste disponible pour une étude plus approfondie dans le futur, le cas échéant.

Figure 27. « Cabane A » après consolidation

La présumée, puis infirmée,  « cabane » B 

Figure 28. Pierrier B avant intervention

Figure 29. « Cratère » et alignements de pierres laissant supposer l’effondrement d’une cabane

A 100 m de la structure A, deux pierriers en dôme ont attiré notre attention. Le premier est contigu à un pierrier en cordon. Le second est isolé, mais proche d’un pierrier en cordon. Les deux pierriers présentaient en leur sommet un cratère, laissant supposer l’effondrement des parements intérieurs de cabanes. Nous avons laissé intact l’un de ces deux pierriers, et entrepris de dégager l’autre. Une ligne de grosses pierres affleurait et laisser supposer qu’au moins un parement était resté en place.

Figures 30 et 31. Structure interne du pierrier

Les travaux de dégagement ont infirmé cette hypothèse. En coupe,  le pierrier résulte de l’amoncellement d’assez grosses pierres (30 cm à 50 cm dans leur plus grande longueur), chargées ensuite de matériau plus fin (5cm à 20 cm environ) témoignant d’un épierrement minutieux et sans doute continu pendant une certaine durée. Le dégagement du centre a, bien entendu, préservé le paléosol resté en place sous une protection d’environ 20 cm de terre et cailloux. Des tessons de verre industriel vert ont été trouvés jusqu’à cette profondeur. On ne peut rien en conclure : ils ont pu être apportés lors du remaniement du pierrier, lorsque l’on a extrait ultérieurement des grosses pierres du fond.

Restitution d’une cabane au Zinnkoepfle : un aide-mémoire

L’intention du maître d’ouvrage était de signifier le passé agropastoral du site. Ce dernier est perçu aujourd’hui comme « naturel », c’est-à-dire comme un milieu fossile qui ne devrait rien aux activités humaines. De cette image de sanctuaire inviolé résulte une insuffisance des moyens affectés au maintien du caractère ouvert du site. Les taillis gagnent spectaculairement du terrain, au détriment même de la biodiversité recherchée.

Conjuguée à une opération de débroussaillage, la construction d’une cabane est l’occasion de ré-habiter et ré-imaginer (produire de nouvelles images) le site au moyen d’un objet symbolique de son occupation humaine ancienne. Il n’était pas possible de proposer une reconstitution d’une cabane existante, comme cela était envisagé initialement. Nous comptions sur les travaux de consolidation et de dégagements pour nous apporter des informations, nous avons vu que ce ne fut pas le cas. Néanmoins une absence d’informations est aussi… une information

Nous avons donc, sur la base des autres exemples conservés dans la proche région et de la maigre documentation que nous avons évoquée, construit un objet modeste et éphémère qui n’a d’autre fonction que de nous faire imaginer ceux qui ont produit ce paysage et ce milieu exceptionnels. Un aide-mémoire invitant à porter attention à la fragilité des ressources biologiques et archéologiques de ce site, à approfondir les connaissances à leur sujet. Et un chantier théorique intéressant, au sujet de ce qui constitue les patrimoines « anthropique » et « naturel », comment ils sont catégorisés et hiérarchisés, à défaut de concepts et pratiques pluridisciplinaires qui permettraient de les appréhender dans leur globalité.

Marc Grodwohl
décembre 2016

Figure 32

Figure 33

Figure 34

Figure 35

Figure 36

Figure 37

Figure 38

Notes

1) Lidar : anagramme de « light detection and ranging », technique de cartographie numérique du relief par scanneur laser aéroporté. En ligne sur infogo68.

2) GRODWOHL Marc. Le monument historique invisible. Structures agraires et pastorales en pierre sèche dans les forêts sous-vosgiennes. In : Mélanges offerts à Guy Bronner. Cahiers alsaciens d'archéologie, d'art et d'histoire. Société pour la conservation des monuments historiques d'Alsace. 2015. T. LVIII. p. 145-162

3) Rouffach : ADHR C1172/22. Soultzmatt : ADHR C1174/5

4) BARTH Médard. Der Rebbau des Elsass und die Abstzgebiete seiner Weine. T 2. Regesten. Strasbourg 1958.p. 123

5) SCHWARTZ, Dominique. BERNARDY, Laurence. JOUVE-LITAUDON, Claire. VONNA, Anne. « Le Bickenberg à Osenbach (Haut-Rhin). Etude d’un paysage d’enclos médiéval sur les collines calcaires sèches sous-vosgiennes », dans Revue Géographique de l’Est, 53, 3, 2003, p. 81-94.
SCHWARTZ, Dominique. ERTLEN Damien. BATTMANN, J. CASPARD, Mathilde. GEBHARDT, Anne. GOEPP, Stéphanie. BASOGE, Florian. KOUPALIANTZ Laure. METZ, Bernhard. « Études actuelles sur un type de paysage encore très peu connu en Alsace : les paysages d’enclos médiévaux. Extension, typologie, éléments de datation ». Dans Des Hommes aux champs. Pour une archéologie des espaces ruraux du néolithique au Moyen Âge. Rennes, 2012, p. 305-326 + planches XXXII à XXXVII.

6) Entretien avec M. René Fleck, 2012

7) FORRER, R. Huttes de pâtres en Alsace. In Revue alsacienne illustrée. 1914, n°II. Issues de traditions primitives (?), des huttes étaient construites sur des terrains communaux en Alsace jusqu’au début du XXème siècle, par des bergers ou gardiens d’oies. Elles ont peu à peu été désertées, en raison de la diminution de l’activité pastorale. Dans la vallée de la Bruche, les huttes comme celle de Dachstein, étaient construites comme une tente avec une charpente de poutres et mottes de gazon. Des poteaux verticaux fichés dans le sol supportaient la structure, tandis que poteaux horizontaux et obliques, maintenus par le poids de la toiture, reposaient légèrement sur le sol. De plan rectangulaire, le sol des huttes pouvait être aplani voire excavé comme à Dachstein.