Obermorschwiller a son circuit de découverte de l’architecture ancienne. 1ère partie: l'église

Obermorschwiller est une commune du Sundgau (Haut-Rhin) dans laquelle l’association « Maisons paysannes d’Alsace » a organisé des chantiers de volontaires en 1977 et 1978. L’action porta principalement sur une maison en ruines, datant du début du XVIIe s., acquise par la commune pour la sauvegarder. Cette restauration, espérait-on,  susciterait auprès des habitants le désir d’en faire de même sur leur propre patrimoine, et attirerait dans le village des amateurs, redonnant vie et utilité aux maisons inhabitées,  nombreuses en ce temps-là.

La maison nommée « North Jules »  en mémoire de son dernier habitant, un tourneur sur bois, fut effectivement restaurée. La charpente du toit, en train de verser, fut redressée et consolidée, et pourvue d’une toiture et d’un lattage neuf. Les niveaux du XVIIe s. furent rétablis. Mais les choses semblèrent vouloir en rester là, en laissant le sentiment d’une greffe qui n’avait pas pris. Sentiment qui, sur la durée, s’avèrera infondé.



Figure 1. L'entrée sud d'Obermorschwiller en 1977 (ci-dessus) et en 2012 (ci-dessous)



Figure 2.


En 2012, je suis invité à revenir à Obermorschwiller, 35 ans bien sonnés après  cette aventure apparemment sans lendemain. L’association « Culture et solidarité » et la commune projettent de remettre un coup de projecteur sur le patrimoine du village. Coïncidant avec la célébration de la Fête Dieu, le 10 juin 2012, la manifestation s’est placée sous l’intitulé « Promenade d’histoire et d’architecture d’Obermorschwiller ».

Une belle occasion s’offrait,  de mettre en œuvre un projet pour lequel je n’avais pas jusqu’alors trouvé  de commune d’accueil : une exposition de plein air, permettant au visiteur de comprendre les « objets » que sont les maisons anciennes et saisir le système dont elles sont des éléments concrets.  En effet, si le discours touristique chante la ruralité de cette région et l’intérêt de son architecture rurale, les habitants et les visiteurs n’ont aucun accès à la découverte et à la connaissance de ces biens culturels.

Ce projet fut retenu pour un atelier de muséographie proposé à des étudiantes en muséographie de Université de Haute Alsace (Faculté des Lettres et Sciences Humaines, Master de Sciences de l’information et des métiers de la culture (SCIMEC), spécialité « Patrimoine et Musées »). Quatre étudiantes eurent à travailler sur une exposition de plein air consistant en une vingtaine de panneaux de format 40cm x 60cm, destinés à être apposés devant des maisons ou des lieux méritant d’être expliqués.

Pour voir tous les panneaux, suivez ce lien. Soyez indulgent pour les quelques fautes de frappe, évidemment éliminées de la version exposée.


Figure3. 18 panneaux simples –mais pas simplistes- jalonnent les rues du village pour faire saisir, touche par touche, les variations architecturales suivant les époques, les modes, les facteurs économiques et les groupes sociaux.

Les étudiantes séjournèrent à Obermorschwiller plusieurs journées en mars 2012. A cette occasion et avec elles, je pus prendre toute la mesure du changement du village en trois décennies. Nombre d’habitants s’étaient mis à l’ouvrage, tant les habitants issus d’anciennes familles du village que ceux ayant choisi de venir s’installer ici. La plupart des maisons anciennes, que j’avais connues ruinées et délaissées,  avaient trouvé leur famille adoptive.  Les restaurations, nombreuses et subtiles, sont d’une qualité que l’on ne rencontre pas toujours ailleurs. Ces « résurrections » furent ou sont encore les œuvres de vies entières, au prix de choix drastiques et de sacrifices financiers. Avant de les présenter, voici quelques observations récentes et inédites sur l'église et son cimetière fortifié.
 

église fortifiée ou grenier collectif ?


Figure 4. Vue d'ensemble du site de l'église vu depuis le sud, photographie aimablement communiquée par M. Jürgen Ehret

L’église placée sous le vocable de St Sébastien (Confrérie St Sébastien créée en 1562) est construite sur un éperon barré à l’ouest par un fossé (« Kilchengraben » mentionné en 1296 cf bibliographie, METZ). Un fragment de ce dernier subsiste, sous forme de chemin creux (1 sur le plan), conduisant à la plate-forme supérieure, dont une partie abrite toujours le cimetière.


Figure 5. Fossé (?) ouest


Figure 6. Extrait du cadastre de 1833-1836 (Archives Départementales du Haut-Rhin)


Figure 7. Repérage des points mentionnés sur le cadastre contemporain


La plate-forme est accessible également par une rampe (2 sur le plan) , prenant naissance dans la rue de la Cure, insérée entre deux maisons qu’elle contrarie, en enterrant leurs soubassements : d’un côté la mairie actuelle, ancienne école datée 1700, et de l’autre une habitation vers 1700 également. En contrebas, sur la rue principale, une rampe et un escalier de part et d’autre de l’école actuelle (construite en 1842, 3 sur le plan) mènent également à la plate-forme supérieure.


Figure 8. Rampe d'accès actuelle à l'église, venant enterrer les soubassements des maisons préexistantes

A côté de l’école et à l’angle de la rue de la Cure, la maison 15 rue principale (4 sur le plan) présente une anomalie : les épaisses poutres sablières, tordues, qui se rencontrent généralement en soubassement de la maison) sont positionnées ici à la base d’un étage, juché sur un haut rez-de-chaussée en pierres côté rue, mais de plein pied sur la cour à l’arrière. La rampe  donnant accès à cette cour se prolonge jusqu’au mur de la plate-forme supérieure de l’église à l’endroit où, de mémoire d’homme, se trouvait une porte (5 sur le plan).

Figure 9. Constructions sur la rue principale venues remplacer la terrasse inférieure de l'enclos de l'église


Figure 10. A droite sur la vue, maison n°15 rue principale avec rez-de-chaussée conquis sur la terrasse inférieure de l'enclos de l'église


Figure 11. Sablière basse du n°15, devenue sablière d'étage après la reprise en sous-oeuvre


Figure 12. A gauche, traces de l'ancienne rampe d'accès à la plateforme supérieure de l'église dans la cour du n° 15


Ces différents indices témoignent en faveur d’un double mur d’enceinte, un premier autour de l’église cantonnant la plate-forme supérieure, un second côté Est (en bordure de l’actuelle rue principale) délimitant une terrasse intermédiaire. Ce mur aurait disparu, lors de la construction de la mairie-école de 1842, manifestement entaillée dans la butte de l’église. La destruction du mur a bénéficié à la maison n° 15 : un rez-de-chaussée a été créé en sous-œuvre de la maison à pans de bois, gagné lui aussi sur la butte de l’église et le remblai de la terrasse.

Ces « fantômes » permettent de restituer la morphologie de l’enclos paroissial, même si l’essentiel des murs proprement dits a disparu. A noter qu’une large portion de ceux-ci fut détruite en 1988. Les matériaux (moellons de calcaire) avaient été acquis par l’écomusée, qui les employa au chantier de la maison-forte et de ses abords. Le tri des matériaux a fait apparaître une statuette féminine en pierre (Vierge d’un calvaire ?), au visage martelé, que l’on peut rapprocher stylistiquement de la custode datée 1466 conservée dans l’église. Cette date se retrouve à peu de choses près sur les custodes des églises voisines de Luemschwiller (1467) et Hundsbach (1466) indiquant une vague de travaux dans les églises au moment de la constitution d’une alliance de cantons suisses et de villes impériales contre l’Autriche : ces travaux ont-ils à voir avec une éventuelle (re)fortification des églises de ces villages, menacés ou touchés par le conflit ? Rien ne permet d'appuyer cette hypothèse.


Figure 13. A gauche statue gothique réemployée à l'"écomusée", à droite custode déplacée du choeur primitif à la nef de 1778

On notera enfin que toutes les maisons en périphérie de l’enclos paroissial sont, dans leur état actuel, imputables à la période 1680-1720 environ. Elles indiquent qu’après la Guerre de Trente ans, la terrasse inférieure est parcellisée et rendue disponible à la construction de bâtiments d’habitation et d’exploitation.

Cette zone d’habitation semble rester distincte des autres maisons du village, groupées un  peu plus au nord. Il semblerait que l’espace entre les deux noyaux, l’église et le village du XVIe s., n’ a été comblé qu’à la fin du XVIIIe s. et au début du XIXe s.

La poussée démographique et économique de la deuxième moitié XVIIIe s., signalée par une série de constructions de cette époque, correspond à la reconstruction et l’agrandissement de la nef de l’église en 1778, à l’initiative la communauté d’habitants qui assurent une grande partie des travaux (terrassements, transport des matériaux, maçonnerie) avec leurs propres bras. Cette nef se rétrécit à l’est pour constituer un nouveau chœur, probablement sur les fondations de la nef primitive.


Figure 14. Pignon ouest de la nef de 1778

Figure 15. Nef et choeur de 1778

 

Quelques pièces aux Archives Départementales du haut-Rhin (C1222) éclairent ces travaux. En 1773, l’ingénieur des Ponts et Chaussées Stroltz se rend à Obermorschwiller à la demande du curé, des préposés et des habitants d’Obermorschwiller en vue d’examiner l’église. Elle est en mauvais état, disent les habitants et insuffisante pour « un nombre de paroissiens qui a considérablement augmenté ». On donne  le chiffre de 220 communiants et 60 enfants (chiffre cohérent avec le dénombrement de feux de 1766). Stroltz constate que le pignon ouest est fendu et se détache du mur nord, côté sur lequel l’église est enterrée d’où une humidité malsaine à l’intérieur. Le plafond en planches de sapin dans la nef est pourri, la charpente en chêne est par contre en bon état. Stroltz préconise de démolir la nef, large de 16 pieds sur 38 pieds 6 pouces, et de la remplacer par une nouvelle de 40 pieds sur 60 pieds. Un plan et un descriptif sont dressés en 1776. La nef ancienne, cotée 37 pieds 9 pouces sur 15 pieds  9 pouces, laisserait place à la nouvelle nef, semblable à celle que l’on voit aujourd’hui. Une différence de taille cependant, avec la réalisation finale : le chœur sous le clocher était conservé, ce qui préservait les intérêts du décimateur à qui aurait incombé la construction d’un nouveau chœur. La conservation du chœur impliquait l’élargissement de l’arc triomphal, pour le mettre en rapport avec la nouvelle largeur de la nef. Cela passait par une reprise en sous-œuvre du clocher qu’il n’était sans doute pas en mesure de supporter, pour un résultat architectural médiocre. Les pièces du dossier ne permettent pas de savoir dans quelles conditions le projet a été amélioré par la construction d’un nouveau chœur en prolongement du clocher.


Figure 15b. Projet de 1776 (en jaune) et relevé de l'ancienne église (en rose). Noter que l'entrée de l'ancienne nef est précédée d'un "péristile" (sic). Noter en face de la porte du clocher (pourquoi une porte?) l'amorce d'un autre bâtiment, peut-être le charnier (ossuaire) mentionné dans le rapport de l'ingénieur Stroltz.



Figure 15c. Projet de nef de 1776


Figure 15d. Superposition du projet de 1776 avec la réalisation effective

Le chœur primitif, voûté et peint, situé au rez-de-chaussée du clocher, est alors transformé en sacristie en remplacement de l'ancienne qui flanquait le clocher. La fenêtre Est du chœur, déjà élargie en porte, donne accès à une tourelle d’escalier hélicoïdal hors œuvre. L’escalier en pierres remplace à l’évidence un escalier extérieur en bois.


Figure 16. Ci-dessus et ci-dessous, fragments de peintures murales dans le choeur primitif


Figure 17



Figure 18. Voûtement du choeur primitif et armoire de sacristie, intégrant la porte donnant accès à l'escalier à vis qui dessert l'étage


Figure 18b. La même façade, porte vers l'escalier à vis ouverte.


Figure 19. Escalier à vis desservant l'étage depuis la sacristie


Figure 20. Faces sud et Est de la tour


L’escalier conduit à l’étage, formant une grande salle. Au nord, deux petites fenêtres ogivales encadrent ce qui semble être une cheminée, avec corbeaux et poutre de soutènement du manteau. En face de la cheminée, au sud, une fenêtre géminée ogivale est ménagée dans une niche à banquettes. Les fenêtres sont positionnées de façon à donner vue sur l’entrée ancienne de la plate- forme supérieure (5 sur le plan).


Figure 21. Vestiges d'une cheminée adossée au mur nord de la salle de l'étage


Figure 22. Ci-dessus et ci-dessous, fenêtre géminée à banquettes dans le mur sud de la salle de l'étage


Figure 23


Figure 24. Graffiti sur une banquette


La fonction de surveillance fut effectivement activée. Une des banquettes porte des graffiti, traces de l’ennui des tours de garde. Pas de date, malheureusement, mais des initiales et un graphisme récurrent, consistant en deux carrés superposés, un grand et un petit, celui du dessus portant une croix, peut-être une représentation stylisée du clocher sur sa colline ? Ou du Golgotha ?

Mais surveiller quoi ? A Meyenheim, Jean-Pierre Riber a relevé sommairement (une étude approfondie reste à faire, suivre ce lien) une série d’inscription sur les colonnes du deuxième niveau de fenêtres romanes géminées du clocher. Ces inscriptions d’exécution très soignée se répartissent en deux séries, l’une de 1610 à 1634 (Guerre de Trente ans) et l’autre de 1674 à 1677 (Guerre de Hollande). Avec la date, exceptionnellement un commentaire (par exemple « Schwehen Grieg » pour « Schweden Krieg »), figurent les initiales ou noms en toutes lettres et les blasons des bourgeois assurant leur tour de garde et surveillance en haut du clocher. De là, la vue permet de repérer de loin les mouvements de troupes. Rien de tel à Obermorschwiller où la vue depuis la fenêtre de la salle du premier étage ne permet qu’un contrôle rapproché, principalement celui de la porte de l’enceinte de la plate-forme supérieure.

De plus, ces fenêtres, pas plus que les autres du bâtiment, ne sont commodes pour le tir. Ce sont les fenêtres d’éclairage d'une salle de prestige.

Alors, qu’y avait-il à l’intérieur de l’enceinte, du cimetière, qui méritait gardiennage ? L’hypothèse d’un grenier collectif au sein d’une « Kirchenburg » peut être posée. Ces greniers collectifs (« Gaden ») consistent en loges, chacune allouée à un habitant du village, adossées au mur du cimetière et protégées par lui. Dans ces loges, chacun entrepose ses biens précieux, tels que grains et semences, à l’abri des rapines et destructions, volontaires ou accidentelles (incendies ?). Le caractère palatial de la salle peut aller à l'encontre de la thèse d'un logement de gardien ou veilleur: trop riche.


Figure 25. La "Kirchenburg" de Muttenz, à proximité de Bâle (CH)


Figure 26. Plan de la Kirchenburg de Riehen, à proximité de Bâle, avec ses loges aujourd'hui disparues (extrait de De Meulemeester, cf bibliographie)


Le phénomène des cimetières fortifiés, peu connu en Alsace (qui compte dans le Haut-Rhin deux exemples bien conservés à Hartmannswiller et Hunawihr) a été remarquablement étudié par l'historien Bernhard Metz.


Figure 27. Le cimetière fortifié de Hartmannswiller (Haut-Rhin) était entouré d'un étang commun avec les fossés du château que l'on aperçoit à droite de la photographie


Figure 28. L'intérieur du cimetière fortifié de Hartmannswiller, la porte de la tourelle au niveau du chemin de ronde montre que le mur était plus haut d'environ deux mètres, soit plus de quatre mètres en tout.


Figure 29.
Cimetière fortifié de Hunawihr


Figure 30. Etapes de la constitution du site de Hunawihr: au château primitif s'adjoint une chapelle, se transformant en église qui vient absorber la tour du château puis se doter d'un clocher propre


 Cette forme d’organisation collective est fréquente en Europe et en Afrique du Nord, où elle se manifeste par le phénomène des « agadir ». Là les « loges » peuvent être ménagées dans des endroits  naturellement inaccessibles, comme des falaises, ou se jucher sur des pitons. Dans une enceinte circulaire –dont le centre peut être ponctué par la mosquée-, on trouve les loges et un ensemble d’équipements sur un plan radioconcentrique : bergerie, ruchers, logement du portier ou gardien. Il partage avec les cimetières fortifiés chrétiens un caractère sacré et inviolable, prescrivant qu’aucune mauvaise action ne doit y être commise et accordant à ceux qui ‘y réfugient le droit d’asile. Il n’est pas un simple lieu fortifié, mais une institution avec ses règles, son rapport au sacré, son administration reflétant la diversité des groupes sociaux qui y participent.


Figure 31. Agadir d'Agueltouy près de Tafraout (Maroc) en 1979.


Figure 32. Celliers individuels dans l'agadir d'Agueltouy (extrait du site de Michel Terrier)

Revenons à Obermorschwiller. Au dernier étage du clocher, deux portes donnaient accès à un hourd, dont celui à l’Est est parfaitement reconnaissable : sa toiture s’accroche à trois corbeaux, sous des dalles en saillies assurant l’étanchéité avec le mur. Le bandeau qui fait le tour du clocher, en allège des baies géminées, s’interrompt à l’emplacement de l’ouvrage en bois. Le plancher du hourd était porté par des solives, noyées dans l'épaisseur du mur, sectionnées lors de la suppression de l'ouvrage. Les segments de poutres inclus dans les murs sont toujours en place et se prêtent parfaitement à une datation par dendrochronologie.


Figure 33. Restitution d'un état antérieur du clocher d'Obermorschwiller


Figure 34. Maison romane de Rosheim, état en 2012

Figure 35. Coupe sur la maison romane de Rosheim, publiée par Polaczek dans la Revue Alsacienne Illustrée 1905 (Merci Jean-Jacques Schwien)


Figure 36. Fenêtre à banquettes dans la salle de la cheminée, maison romane de Rosheim (Polaczek 1905)
 
L’analogie avec la maison dite romane de Rosheim (1153-1154 ?) saute aux yeux. L’accès au rez-de-chaussée et à l’étage est différencié, ce dernier assuré par un escalier extérieur en bois. La salle du premier étage est pareillement équipée d’une cheminée et, sur le mur opposée d’une fenêtre géminée à banquettes. La pointe de pignon comporte elle aussi un hourd.

Pour autant, peut-on imaginer que le clocher d’Obermorschwiller serait le témoin d’un château transformé en église ?  Ce fut le cas dans l’exemple classique de Königshagen fouillé par Walter Jannsen, ou à Hunawihr où les traces du château antérieur à l’église sont visibles et de plus expliquées (quand l’église est ouverte !) par une série de maquettes bien faites. Aujourd’hui, il n’y a pas d’éléments qui plaident en ce sens. Bernhard Metz donne des informations sur le château d’Obermorschwiller, cité comme abandonné déjà en 1430, et dont les descriptions évoquent une motte dans un étang, en bas du village : situation qui correspondrait au grand étang au sud-est du village , d’une superficie de 14 hectares au XVIIIe s., asséché et converti en prés plus tard, puis remis en eau vers 1960.

En conclusion, et comme souvent, le cimetière d’Obermorschwiller n’est pas exactement une place de grande valeur stratégique. On peut, en attendant de nouveaux éclairages, imaginer qu’il exista là un grenier collectif fortifié avec en son centre une tour ; celle-ci a quelques attributs de la fortification, et peut servir de refuge à la population. Sa valeur défensive est faible, elle paraît plutôt une tour d’habitation où demeure peut-être un gardien ou portier, chargé de veiller sur les biens mis à l’abri des murs du cimetière par les familles du village. Le hourd du dernier étage lui donne certes un caractère guerrier, mais peut-être sur un registre essentiellement symbolique, au même titre que les créneaux de cette église du Valais.


Figure 37. Clocher crènelé d'Orvières (Valais, CH)

 

Juin 2012

Datation par dendrochronologie: 1267

La commune d'Obermorschwiller a bien voulu prendre en charge le coût d'une datation dendrochronologique, réalisée en octobre 2012 par M. Christian Dormoy, Archéolabs. Le datations des prélèvements opérés sur la cheminée de la salle du premier étage, le solivage du hourd et le solivage de la salle du deuxième étage sont concordants, indiquant une construction de ces ouvrages en 1267 ou dans une année postérieure très proche. La maçonnerie du clocher et les ouvrages en bois semblent avoir été construits d'un seul jet. La date 1267 paraît tardive par rapport aux fenêtres romanes géminées du troisième étage, néanmoins le bandeau qui forme leur appui s'interrompt au niveau du hourd: dans son état actuel, l'ensemble paraît homogène et cohérent. Mais pour en être assuré, il faudrait pouvoir étudier les maçonneries aujourd'hui dissimulées par les enduits.

 

Octobre 2012

Publication
 

Les résultats, les relevés et l'analyse d'archéologie du bâti ont été publiés comme suit:
GRODWOHL Marc. Le clocher (1267) et le cimetière fortifiés d'Obermorschwiller. In: Annuaire de la Société d'histoire du Sundgau. 2013. p. 33.54



Références bibliographiques

LAUWERS Michel, Le cimetière dans le Moyen Âge latin. Lieu sacré, saint et religieux. In: Annales. Histoire, Sciences Sociales. 54e année, N. 5, 1999. pp. 1047-1072.

DE MEULEMEESTER Johnny. Même problème, même solution : quelques réflexions autour d’un grenier fortifié. In : Le village médiéval et son environnement. Etudes offertes à Jean-Marie Pesez. Publications de la Sorbonne.1998.

METZ Bernhard. Alsace. In : FIXOT M. , ZADORA-RIO E. (dir) , L’Eglise et le terroir, 1989

METZ Bernard. Alsatia Munita. Répertoire critique des sites fortifiés de l'Ancienne Alsace du 10e siècle à la Guerre de Trente Ans. Consultable en ligne : http://www.monuments-alsace.com/alsatia/alsatia.pdf.

METZ Bernard. Cimetières fortifiés. In Encyclopédie de l’Alsace. Volume 3. Ed. Publitotal. Strasbourg 1983.
 

Promenades d'histoire et d'architecture des 8,9 et 10 juin 2012 

Vendredi 8 juin à 18 h et à 20h au cinéma Palace à Altkirch. Projection du film « Dr Herr Maire » (Monsieur le Maire) réalisé en 1930 d’après une pièce créée en 1898 par Gustave Stoskopf (1863-1944)

Samedi 9 juin à Obermorschwiller. 15 h départ des visites guidées du village.
20h à l’église, projection d’un documentaire inédit, réalisé par Jean-Paul Céceille, Nathalie Bihr et Richard Ferder, sur la mémoire des habitants au sujet de l’église : solidarités et contraintes, rigueurs et défoulements racontés par leurs acteurs. Puis exposé de Marc Grodwohl sur Obermorschwiller, un village à l’ombre de son clocher fortifié.

Dimanche 10 juin, après la messe et la procession de la Fête Dieu (10h) reprise des visites guidées en continu jusqu’en fin d’après-midi.
 

Documentation

Obermorschwiller s’est révélé une source généreuse d’informations sur le mobilier. Une publication de l’association « Maisons paysannes d’Alsace » parue en 1978 en retrace la collecte. Suivre ce lien pour accéder à cette publication.

(1) Elle est préparée notamment par Marcel Zimmermann, Georges Riss, Jean-Paul Céceille,Nathalie Bihr, Damien et Elisabeth Foltzer, Richard Ferder, Jo Malfrait. Nous remercions tout particlièrement de l'acucueil réservé aux étudiantes Mme Béatrice Ligibel-Traber, M. Christian Bihr et sa famille, M. et Mme Mazullo-Garnier, M. Zettel, M. et Mme Greder. Un grand merci aussi à M. Benoît Bruant, responsable de l'enseignement, qui a permis et encouragé  la réalisation de l'opération et bien entendu l'Université de Haute-Alsace.
 

Le déroulement de l'opération (avril-juin 2012), en quelques photographies de la ferme Bihr (ferme du Herrenweg)
















 


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