On a les musées qu’on mérite (2000)

Au début des années 2000, on doit se rendre compte à l'évidence que les musées sont confrontés à de réelles difficultés d'intelligence de leur fonction sociétale par nombre de responsables publics ; les modalités d'action du passé continuent à privilégier  l'investissement matériel, au détriment des investissements en intelligence, pourtant seuls garants du repositionnement des musées dans une société qui a changé.Conscient de la carence en diagnostics autres que purement qualitatifs, le Comité économique et social d'Alsace m'avait invité à intervenir le 30 juin 2000 ; je garde à mon exposé sa forme parlée.
 
« Vous m'aviez invité, voici deux ans, à traiter le sujet du développement des produits touristiques.
En particulier, je devais réagir sur les nouvelles relations entre acteurs privés et acteurs publics que cela supposait.
 
J'avais abordé ce sujet sur le thème des musées, depuis 4 points de vue.
 
Premier point de vue, celui du temps. 
Je plaidais pour réaliser les opportunités plutôt que de s'enliser dans les planifications. Je faisais l'apologie de l'imparfait et de l'inachevé, pour donner aux professionnels et au public le temps de se confronter et d'affiner le projet. 
 
Deuxième point de vue : celui de l'humilité devant les attentes d'un public devenu composite et imprévisible.
 
Troisième point de vue : je pensais qu'il y a des risques politiques à prendre, pour explorer des voies non conformistes. Les échecs y est sont aussi souvent au rendez-vous que sur les chemins bien balisés, bien normés. 
Mais ces échecs là nous font évoluer, alors que la répétition des projets standard et dogmatiques n'apprend rien.
 
Enfin, j'aspirais à un croisement des logiques . Une envie de vider par terre et de brasser le contenu de tous ces tiroirs dans lesquels on aime bien ranger les choses et les gens pour qu'ils ne se mélangent pas. 
 
Je ne suis pas convaincu que dans les deux ans écoulés, la problématique ait beaucoup changé. D'ailleurs, l'Ecomusée lui même subit une petite dépression de fréquentation. Economiquement, ça ne m'arrange pas du tout, mais intellectuellement ça me convient très bien.
Ca démontre qu'il n'y a pas de recettes généralisables et pérennisables du succès, dès lors qu'il n'y a pas de vision partagée sur l'utilité sociale du musée.
 
Votre interrogation d'aujourd'hui va dans le sens de ce débat, car si je la résume grossièrement, c'est finalement « un musée ça sert à quoi et à qui ? »
 
J'ai d'abord trois préalables pas très objectifs à vous proposer.
 
1.
On a les musées qu'on mérite
 
2.
Pour faire des musées, il faut des gens qui s'en occupent
 
3.
Pour faire évoluer les musées, il faut des visiteurs
 
 
 
1.      On a les musées qu'on mérite
 
Allons dans les musées de Bâle. Oublions les œuvres qu'ils présentent et observons les bâlois.
Ils sont nombreux dans les musées. Leur comportement vous indique que ce qui est là leur appartient.
Ils visitent leurs musées comme j'inspecte mon potager, pour voir s'il n'y a pas de mauvaises herbes. Le musée est l'expression de leur richesse collective, en terme de « coffre fort » comme d'identité citoyenne.
Est-ce que nos concitoyens ont des liens aussi forts avec leurs musées ?
 
Pas vraiment. L'implication de la population dans les musées est à la mesure de ce qu'y investissent la presse, les pouvoirs publics, l'université, l'éducation : les efforts sont réels, mais la projection collective, la prospective n'existent pas.
On parle des musées plutôt quand ça va mal.
A force d'ailleurs de dire que les musées ont de moins en moins de visiteurs, ça va finir par décourager les derniers clients potentiels.
 
Les musées ne sont pas seuls responsables de leur déclin. C'est aussi la société qui les délaisse. Pourquoi ?
D'abord j'ai le sentiment qu'elle a moins besoin, en ce moment, d'une propriété collective de son histoire et de son patrimoine. On peut après amplement débattre sur les raisons de cela.
Certains diront que si les musées n'avaient pas été privatisés par une élite, on n'en serait pas là.
D'autres diront que la relance économique multiplie les offres de loisirs culturels.
Ils ajouteront que quand l'économie va bien, on a pas besoin de se plonger dans les collections des musées pour savoir qui l'on est, d'où l'on vient et où l'on va.
 
 
2.      pour faire des musées, il faut des gens qui s'en occupent
 
Je pense à des lieux phares d'innovation, en Angleterre, en Allemagne.
L'innovation se mesure au nombre de visiteurs.
Tout le monde professionnel des musées va voir ces endroits, pour comprendre le succès, repérer les choses à prendre ou adapter.
Autour de ces pôles d'excellence, on voit rapidement émerger d'autres innovations, parce qu'il y a une émulation et un débat entre les musées, et que le public en redemande.
Il se dégage alors des styles régionaux, même des écoles pourrait-on dire.
Les responsables de ces musées étrangers savent qu'ils n'on rien à perdre à innover. Si le succès de leurs initiatives est au rendez-vous, ils auront demain le choix d'aller dans un autre musée, de bifurquer vers l'enseignement supérieur ou le secteur privé. Le jugement de leurs visiteurs leur importe donc davantage que celui de leurs pairs ou de leurs supérieurs.
 
Transposez cette situation à la France, à l'Alsace.
Elle est encore impensable.
Les responsables de la plupart des musées appartiennent à un corps. Il est difficile d'y entrer et d'en sortir. 
Et la tradition culturelle française suspecte le succès.
Dès qu'il y a beaucoup de monde dans un musée, cela veut dire qu'il est plutôt un parc de loisirs.
C'est ce que certains disent de l'Ecomusée, croyant désigner un lieu de perdition.
 
3.pour faire des musées, il faut des visiteurs
 
Musées et public font-ils encore bon ménage ?
Les scores de fréquentation indiquent que le couple est fatigué et a besoin de vacances extra conjugales.
On est pas mal dans les lieux de perdition, disent les clients qui désertent les musées.
Les occasions d'infidélité ne manquent pas.
Le public a aujourd'hui bien d'autres produits sous la main que les musées pour satisfaire ses envies.
Malraux parlait en un autre temps des musées comme lieux de délectation, et cette formule est encore dans le langage courant des professionnels des musées.
Loin d'être des demeurés, les visiteurs d'aujourd'hui se contentent du plaisir de la découverte.
 
Ces visiteurs n'ont plus de déférence pour les temples du pouvoir par le savoir.
C'est leur regard qui donne sens et vie aux œuvres, c'est leur comportement qui indique que le message du musée a été reçu ou pas.
Si quelque chose passe entre le musée et son public, quelque chose de fort passera aussi entre les visiteurs.
Le musée devient alors lieu de convivialité, les œuvres ne sont plus que prétexte à cela, et moyen de placer cette convivialité à un niveau élevé d'échanges interpersonnels.
 
Mais quel est le message des musées en général, de chaque musée en particulier ? D'ailleurs les musées doivent-ils porter un message, et dans ce cas là l'impulsion doit-elle venir des professionnels du musée ou du politique, ou des deux ?
 
On est aujourd'hui loin des enthousiasmes et des idéologies. Je pense à l'idéologie du patronat mulhousien, qui avait fait de ses musées un outil d'éducation, à l'idéologie de résistance qui a donné naissance au Musée Alsacien, à l'idéologie du Front Populaire qui a créé le Palais de la Découverte ou le Musée de l'Homme. Les nouveaux projets à contenu idéologique ( ?), que ce soit le Bioscope, le Mémorial, se gardent bien de se placer sous le vocable de musée.
 
 
Conclusion de ces constats préalables :
La non reconnaissance des musées comme une réelle propriété collective, l'enfermement des professionnels dans un champ clos, l'absence d'un dialogue d'idées entre le musée et son public, nous disent une crise profonde.
 
Cette crise laisse un vide, vite rempli dans les musées comme ailleurs par l'excès de réglementation.
La normalisation et l'orthodoxie prennent le pas sur le social, et se défendent par une ligne Maginot de forteresses sémantiques : projet culturel, programmation, validation scientifique sont des mots rituels qui ne disent pas comment le musée participe à la respiration du corps social.
A vrai dire, bien des musées n'ont pas besoin de beaucoup de public pour vivre, leurs ressources financières étant ailleurs.
Economique, le mot est prononcé.
Il n'a pas la même portée suivant la planète dans laquelle se trouve le musée.
Certes la situation des musées publics n'est pas toujours enviable. Du moins sont-ils à l'abri des affres des fins de mois.
Lorsque le musée a une gestion privée, associative ou supposée à but lucratif –encore que la démonstration n'a jamais été apportée qu'un musée puisse servir des dividendes à des investisseurs privés-, le point de vue s'effectue depuis une autre planète.
 
C'est depuis cette planète là que je vais essayer de dresser une autre série de constats.
 
1.      Le musée est un produit comme un autre
2.      Le musée est sur un marché concurrentiel
3.      Le terme de musée recouvre des réalités bien trop différentes pour avoir encore un sens dans l'opinion publique.
 
Le musée est un produit comme un autre (?)
 
En Angleterre existe un musée qui a été la référence de toute une génération de créateurs de nouveaux musées. Il s'agit d'Ironbridge, qui conserve toute une vallée industrielle avec des hauts fourneaux, des fayenceries, des infrastructures telles que canaux et ponts, le tout étant fédéré par un musée de plein air genre Ecomusée d'Alsace, où l'on entre dans la vie quotidienne de cette vallée au XIX e siècle.
A un moment donné, la fréquentation d'Ironbridge a commencé à décliner et les responsables ont voulu comprendre car ils n'avaient pas l'impression de s'être endormis sur leurs lauriers.
Ils ont réalisé une étude sur la fréquentation d'une quarantaine de musées similaires ailleurs dans le monde.
Cette étude est édifiante. Quel que soit le pays, quelle que soit la date de fondation du musée, on s'aperçoit que le cycle de croissance et de déclin d'un grand musée s'établit sur douze à quinze ans.
Le musée est un produit comme un autre, avec son cycle de croissance et de déclin, en concluent les anglais.
 
Ils ont parfaitement raison, nous le vérifions à l'Ecomusée d'Alsace et la leçon pourrait être utile.
 
Que s'est-il passé à l'Ecomusée d'Alsace ? Nous avons capitalisé sur une première phase, qui était la redécouverte du patrimoine rural au moment auquel la fin de la société correspondante était consommée.
Les gens se sont parfaitement reconnus dans l'effort que nous faisions pour sauver les meubles : les maisons, les techniques agricoles et artisanales, finalement tout ce qui constitue à échelle réduite la trace vivante d'un monde perdu, mais dont les témoins sont encore là.
On produisait de l'identité à partir d'un passé commun.
 
Jean-Claude Carrière vient de publier un livre, le « Vin Bourru », qui fait suite à sa visite de l'Ecomusée il y a dix ans. 
C'est à l'Ecomusée, écrit-il, qu'il a pris conscience qu'il avait passé sa jeunesse à apprendre des choses qui ne lui ont jamais servi ensuite, parce que le monde a basculé, sans même qu'il ne s'en rende compte.
Il a éprouvé un choc émotionnel lorsqu'il a découvert que sa propre enfance avait été muséographiée. Ca lui a fait revisiter le sens de sa vie, comme tant de nos visiteurs.
 
Mais Jean-Claude Carrière a 68 ans.
Les visiteurs d'aujourd'hui n'ont pas appris à traire une vache, faire les foins, l'Ecomusée ne peut pas leur permettre de mesurer les changements du monde à l'échelle leur propre vie.
 
Un musée comme l'écomusée est un musée de la crise, un musée du changement.
Il fonctionne tant que les objets et les animations ont une puissance d'interpellation directe de la mémoire des visiteurs. On peut en dire autant du musée de l'Automobile, dans lequel je vois un musée d'histoire sociale plus qu'un musée de voitures. Le sujet premier du musée de l'automobile, c'est bien sûr l'écroulement de l'industrie textile.
 
Dans ces conditions, le renouvellement du cycle de vie du produit est difficile, parce qu'une image forte se crée, et oriente le regard aussi bien du public que des décideurs financiers.
L'Ecomusée d'Alsace a capitalisé sur la mémoire de l'Alsace rurale. Même si cela fait belle lurette qu'il a diversifié ses approches, il n'empêche qu'il est à présent prisonnier de cette image dominante.
A travers cela, je veux dire que placé dans une économie marchande, l'Ecomusée d'Alsace est un produit périssable comme d'autres.
L'idée de conserver, transmettre, témoigner, d'une certaine façon nier la mort d'un ancien monde, ne résiste pas cinq minutes aux fluctuations du marché.
 
Le musée est sur un marché concurrentiel
 
La paysannerie de l'avant-guerre, dont l'Ecomusée témoigne entre autres, est en train de s'estomper dans le même brouillard que le Moyen-âge. Les gens vont bientôt visiter cela comme on visite un château fort avec les références que l'on a, par exemple les films les Visiteurs 1 et 2. Au Haut Landsbourg, je vois plutôt Jean Renno que Lazare de Schwendi.
 
Dans ce brouillage des références culturelles, ce qui sera perçu comme vrai sera ce qui sera au plus près des fictions télévisées ou des jeux multimédia.
 
Dans ces conditions, la concurrence sur le patrimoine est partout, il suffit d'ouvrir son journal pour voir la profusion de fêtes à prétexte historique et patrimoniale.
Ces fêtes mettent en adéquation un lieu et une fiction historique dans laquelle les gens retrouvent non pas eux-mêmes, mais les modèles qui les nourrissent.
 
Dans quelques semaines, vous pourrez aller dans telle ville moyenne vivre à l'époque des procès de sorcellerie. Sorcières dans les rues, antre de fabrication des philtres, salle de tortures, vous pouvez y passer la journée. Le cadre indéniablement authentique dans lequel cela se passe crédibilise la fête.
L'horreur des persécutions est niée, il ne s'est jamais rien passé qu'un jeu et il se passera jamais rien d'horrible.
 
Le musée a ainsi perdu sa place éminente de catalyseur d'une réflexion populaire sur l'histoire. Il laisse le champ ouvert aux révisionnistes, aux marchands ou tout simplement aux inconscients.
 
On est dès lors sidéré par le cannibalisme des musées.
Plus la formule actuelle en est à l'évidence dépassée, plus on fait de nouveaux musées, émiettant ainsi davantage un marché déjà atomisé. Trop de musées pour trop peu de clients, c'est vrai depuis le boom des musées dans les années 1980 et ça continue.
 
Le terme de musée ne peut plus fédérer des entreprises trop différentes
 
Il est temps d'admettre que le terme de musée désigne un métier et non un produit.
Le métier de musée est, comme tous les autres, un métier qui évolue avec les progrès de la connaissance, de la science, et les attentes du marché. Mais grosso modo, ce métier reste de collectionner des objets, de les inventorier et conserver, les étudier, en vue d'assurer leur transmission aux générations futures.
Ce métier mériterait davantage de reconnaissance et de moyens, nous sommes sans doute d'accord là-dessus, car les objets, que ce soient des objets artistiques exceptionnels ou des objets quotidiens, sont bien la seule trace tangible qu'il s'est passé quelque chose entre les hommes.
 
Le produit, communiqué, donné à voir, utilisé, sera sans doute autre chose et portera sans doute un autre nom.
C'est une réflexion qui s'impose à nous depuis des années à l'Ecomusée, nous savons que le nom que nous portons nous pénalise. Il ne rend plus compte du mouvement que nous imprimons à notre musée.
Après ces trois constats c'est l ‘évidence du paradoxe qui s'impose.
Les musées naissent et prospèrent dans les périodes de crises et de changement. Ils entretiennent l'illusion de la stabilité et font tout pour pérenniser avec les objets, les pratiques, voire les valeurs qui s'y rattachent.
Sortez de la crise, et votre musée devient un objet de consommation de loisirs comme un autre.
A vous de choisir de vous noyer, ou d'évoluer et donner un sens nouveau aux objets que vous conservez et présentez.
 
Là où vous avez cru poser des jalons solides dans l'histoire collective, vous vous voyez contraint de déplacer le curseur en sachant que ce ne sera pas sur la même échelle temporelle.
 
La notion même d'accumulation stable de trésors de l'humanité est mise à mal, et c'est en ça que les destins des musées aussi différents qu'Unterlinden et l'Ecomusée sont communs : le sens du Retable d'Issenheim et d'une charrette agricole sont également remis en cause.
 
Le paradoxe continue lorsque l'on regarde comment évolue par exemple l'Europa Park. Ses réalisations sont de plus en plus précises, le faux s'y rapproche de plus en plus du vrai, la base ludique s'enrichit d'évènements culturels et artistiques.
Là encore, le public a choisi : il va dans ces bulles, où l'on trouve de tout au moment auquel on en a envie.
Sans doute les grands musées devront-ils aussi dans les prochaines années jouer sur plusieurs registres. Certainement l'exception actuelle de l'Ecomusée, comme bulle fictionnelle, préfigure-t-elle les évolutions à venir.
 
Le politique pressent bien ce nouveau positionnement des musées. Il les attend sur le terrain du développement touristique, de l'animation du territoire, du projet urbain, sans que le choix ne soit fait entre dirigisme et libéralisme.
 
Jouer la carte du libéralisme, c'est admettre que les musées sont des produits, et à partir de là laisser faire le marché, du moins pour les musées privés. C'est aussi consommer la rupture entre les musées publics et les musées à gestion privée.
C'est un cas de conscience, car aujourd'hui les musées publics sont plutôt les musées d'art, tandis que les musées à gestion privée sont plutôt les musées de société.
Derrière cette rupture se profile une conception toute latine. L'attention reste concentrée sur les œuvres d'exception Les traces de la peine des hommes sont encore un patrimoine mineur, que l'on croît facile d'appréhension et dont on attend une rentabilité économique.
 
Ce n'est certes pas l'économique qui me gêne, mais les nuances de considération entre les patrimoines. 
Elles me font penser que même dans les musées, et même quand ils sont morts, les humbles doivent continuer à produire par objets du travail interposés.
 
Il s'agit donc de débarrasser la réflexion sur les musées de ces scories idéologiques d'un autre temps.
Les musées ne sont plus un enjeu de pouvoir, ils sont devenus et c'est heureux, un enjeu de relations entre les gens.
 
Pour réussir cette mutation, il me semble qu'acteurs et partenaires des musées auraient avantage à s'entendre sur quelques points de méthode de refondation de leurs intérêts communs.
 
1èrement, quelle est la tutelle du musée ? Est-elle en mesure d'assigner une mission au musée qu'elle finance ou contrôle ?
 
2e, quel est le responsable du musée ? Un technicien de la conservation, ou le collège de toutes les compétences utiles à ce qu'un musée soit aussi ce que les gens en attendent aujourd'hui ?
 
3e) comment la tutelle et le responsable se mettront-ils d'accord sur les intérêts prioritaires du public du musée ?
 
4e) comment la tutelle pourra-t-elle faire la part des choses entre les intérêts à long terme défendus par le musée, et la nécessité de l'adaptation à une société mouvante ?
 
5e) selon quelle modalité le musée pourra-t-il dépasser l'intérêt de sa seule clientèle, pour participer à l'animation d'un territoire, comme centre d'activités, comme symbole d'une identité à construire ?
 
6e) ces questions préalables étant clarifiées, quel est le mode de gestion des investissements et du fonctionnement le plus approprié ?
 
7e) quels outils d'évaluation se donne-t-on et quelle sera la part du public dans cette évaluation ?
 
Ces questions ne sont pas très compliquées, mais si je les évoque c'est qu'elles sont rarement posées, du moins dans cet ordre.
 
Je crois qu'enfin, la réussite des musées en Alsace ne peut pas être seulement l'addition de quelques réussites individuelles et éphémères dans le métier des musées. Je reviens à la nécessité d'organiser le tourisme, et en particulier le tourisme culturel, par une interprofession du tourisme. Sinon, d'où viendront la connaissance des marchés, la réactivité par rapport à ceux ci, les synergies entre les métiers d'accueil ?
 
Une autre condition de la réussite collective d'une nouvelle génération de musées sera le soin apporté aux ressources humaines et aux compétences.
Aucun musée n'a aujourd'hui réellement les moyens de miser sur des ressources humaines à la hauteur de son patrimoine, à la hauteur des défis de transformation.
En matière de formation, d'appel à des intelligences nouvelles, de professionnalisation à haut niveau, il n'y a pas aujourd'hui de mouvement alsacien pour une nouvelle muséographie, avec ses rendez-vous créatifs, ses laboratoires, sa confrontation au public, sa reconnaissance des acteurs.
 
Pour finir, je voudrais vous lire la conclusion du livre de Jean-Claude Carrière que j'ai déjà cité :
 
« Obscurément, à travers tout ce qu'on dit de l'avenir de la biologie, nous sentons que nous allons être remplacés, que nos descendants nous considéreront à coup sûr comme les habitants d'une époque imparfaite, encore arriérée et maladroite.
C'est pourquoi nous nous cramponnons.
Plus tard encore, mais avant la fin du siècle qui vient, il sera possible de créer la vie elle-même, de fabriquer des êtres totalement vivants qui sans doute ne nous ressembleront plus, qui se reproduiront et décideront de leur vie et qui à leur tour inaugureront des musées.
Des musées de quoi ?
Nous n'en savons rien. Nous ne sommes même pas sûrs d'y figurer. »
 
Cette conclusion de Jean-Claude Carrière m'a flanqué au moment de la lire un méchant cafard.
Mais après, je me suis rappelé que mon travail à l'Ecomusée a justement pour but d'aider à ce que le meilleur reste devant nous.
 
Qu'en pensez vous ?

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